Titouan Bordeau

À PROPOS DE SON PROJET TRANSMÉDIA La 4ème Planète

La 4ème planète est un projet transmédia d’anticipation, une aventure rétro-futuriste sur fond de questionnements politiques et sociétaux (immigration, environnement…) qui se développe sur trois supports : une série animée, une plateforme web et un jeu vidéo.

L’histoire se passe au début du XXIIIe siècle. Le réchauffement climatique et la surexploitation des ressources rendent la vie sur Terre de plus en plus difficile et la société NWTM entreprend de déplacer la planète Mars de son orbite afin de rendre Mars vivable pour l’espèce humaine. La NWTM se lance alors dans la fabrication d’un Cosmoport, énorme infrastructure tentaculaire, lieu de départ des futures navettes vers la Planète Rouge. Les minorités aisées ont la possibilité de gagner ce nouvel Eldorado mais les plus démunis sont laissés pour compte.

C’est Jean Bouthors qui a amené le projet. Je l’ai rencontré à la Poudrière alors qu’il sortait de l’école et que j’y entrais. Rapidement, nous avons été rejoints par François Boulard, qui avait déjà travaillé avec Folimage où il avait développé un jeu vidéo, ainsi que par Nicolas Georget, game designer sur le projet, formé à l’école du jeu vidéo d’Angoulême (ENJMIN). Ce qui fonctionne bien à quatre, c’est qu’on arrive tous avec des compétences différentes : Jean est assistant réalisateur au studio sur un projet de série pour adultes, il sait gérer une équipe et un budget ; François a été producteur d’une série en prises de vues réelles. Il a une formation en transmédia à Annecy et se passionne pour les stratégies de financement, de communication et de création de communauté.

On se disait que les projets transmédia manquent souvent d’une cohérence globale. Nous voulions créer un univers futuriste mais avec des points de vue différents pour chaque support : ce qui se passe dans la série ne se passe pas de la même manière dans le jeu et c’est encore différent sur le web. Notre but n’est pas de faire un objet hyper technologique mais de travailler la dimension scénaristique. Si on n’a pas quelque chose de fort à raconter, il n’y a pas de raison d’y aller, même si la technologie est géniale. Notre modèle reste donc assez classique : une partie reportage sur le site, un jeu vidéo et une série TV, avec la possibilité pour le/la spectateur·rice de regarder la série seule et de ne pas s’intéresser au jeu vidéo et inversement. Mais nous aimerions aussi que le/la spectateur·rice de la série puisse se dire qu’il/elle aimerait en apprendre davantage sur l’univers qu’on lui propose et qu’il/elle aille essayer l’autre support. Dans la série on regarde les personnages évoluer tandis que dans le jeu vidéo, on est soi-même acteur·rice, on prend des décisions et on entre vraiment dans l’univers.

Nous avons commencé à travailler sur le projet il y a deux ans. Arte avait lancé un appel à projets pour une série de formats très courts pour adultes en animation, mais le projet n’a pas été retenu. Nous l’avons complètement repris, avec des épisodes plus longs et une histoire qui se poursuit d’épisode en épisode. Nous avions déjà à l’époque l’idée d’en faire un projet transmédia avec une partie jeu vidéo et une partie web mais nous ne savions pas comment faire, car ce n’est pas notre culture d’origine.

Nous avons demandé une première aide au Fond d’aide à l’innovation en Animation, qui est une aide au concept du CNC et nous avons obtenu 5 000 €, ce qui nous a permis d’avancer sur les dossiers et le graphisme. Ensuite, nous avons eu une aide à l’écriture de l’Association Beaumarchais-SACD, en catégorie Fiction TV, qui devait être d’un montant équivalent. Nous avons aussi répondu à un appel à projets du festival d’Annecy où l’enjeu n’était pas financier mais qui nous permettait de présenter le projet devant des professionnel·les et d’avoir des retours, et aussi de rencontrer des gens et de faire parler du projet. À cet effet, nous avons réalisé un teaser qui nous a permis aussi de présenter de façon plus concrète le projet au studio Folimage, à Valence, avec lequel nous avions déjà des contacts et qui a décidé de le produire.

Nous avions inscrit le projet à Annecy dans la catégorie Transmédia et formats innovants mais nous n’avions pas grand chose encore à montrer sur la partie jeu. Du coup, on a surtout parlé de la série et on nous l’a un peu reproché. Nous avons donc pas mal travaillé sur la partie jeu, l’histoire, sa mécanique et son lien avec la série et nous avons présenté le projet à la Fondation Lagardère, en catégorie Animation. Nous avons obtenu 30 000 €.

Nous avons commencé à chercher des aides à la production à la fin de l’année. Nous avons obtenu ainsi l’Aide au développement Nouveau média au CNC (35 000 €) et la PROCIREP/ANGOA. Nous avons alors préparé, en réunissant toute l’équipe à Valence, les dossiers de demande d’aide pour la partie jeu vidéo. Nous avons également déposé un dossier au programme Média de la Commission européenne, ce qui était un peu compliqué car il fallait être un studio de jeu vidéo pour faire la demande. Par chance, François, qui s’occupe de la partie web du projet, avait développé un jeu vidéo à Folimage deux ans avant, ce qui nous permettait de remplir cette condition. À l’heure où s’écrivent ces lignes, nous sommes encore en attente de réponse. Nous avons fait une autre demande à l’Europe au titre du catalogue de projets (Slate Funding) et nous venons d’apprendre que la réponse était positive.

Nous avons obtenu aussi la bourse Orange de l’Association Beaumarchais-SACD. C’est une aide aux auteur·rices d’un montant de 7 000 €, à diviser en quatre puisque nous sommes quatre auteurs sur ce projet. La bourse comprend également depuis cette année un programme de rencontres avec des structures travaillant sur ces formats en France et c’est ainsi que nous avons rencontré Pictanovo à Roubaix et Cap Digital à Paris. En fin d’année, nous allons rencontrer Imaginove à Lyon et Primi à Marseille. Même si les travaux de ces structures ne sont pas exactement en lien avec notre projet, il est toujours intéressant de voir comment les gens réfléchissent à des projets transmédia, de voir ce qui se fait et de prendre des contacts.

Le jour même de la remise de la bourse Orange, nous avons appris que notre projet était sélectionné pour participer à un micro festival à Lyon, qui s’appelle le GMC Games. Un peu comme à Annecy, il s’agissait de présenter le projet à des professionnel·les, en essayant de comprendre comment notre projet se positionnait dans l’industrie. C’était la première fois que l’on présentait la partie jeu vidéo. Nous étions convaincus de notre présentation, qui nous semblait très bien construite et pourtant certaines choses ont moins emporté l’auditoire, ce qui nous a conduit à retravailler certains points ou à les présenter différemment.

Nous avons obtenu une aide de la Région Rhône-Alpes en développement nouveaux médias et nous attendons une réponse de la Région Aquitaine pour l’écriture du jeu vidéo. Pour la suite nous avons été sélectionnés pour présenter le projet au Cartoon Forum en septembre à Toulouse. On a déjà eu un premier contact avec France Télévisions qui aime beaucoup le projet mais qui a encore des doutes sur la cible car ils cherchent de l’animation vraiment pour les adultes. Nous allons du coup faire un nouveau teaser avec des dialogues et des mises en situation qui devraient permettre de mieux sentir le ton du projet.

Le financement devrait a priori se faire support par support, avec des demandes d’aides pour le jeu vidéo et d’autres pour l’animation. Nous réfléchissons également à un plan de crowdfunding. Faire du jeu vidéo au sein d’un studio d’animation est quelque chose de nouveau pour le studio. Il faut donc réfléchir au fonctionnement du milieu du jeu vidéo, comprendre comment l’industrie fonctionne, sachant qu’elle n’a pas les mêmes règles que celle de l’animation. Nous avons ainsi été amenés à réduire la durée du jeu, qui est passé de 7-8 heures à 3 à 5 heures.

C’est Folimage qui fait les démarches auprès de France Télévisions. C’est un studio qui a une longue histoire et qui a fait ses preuves. Ils ont de bonnes relations avec les chaînes. Nous avons eu également des contacts à Arte et à Canal+. Nous avions besoin d’une lettre de soutien d’une chaîne pour présenter le projet au Cartoon Forum et c’est Canal+ Espagne qui nous l’a faite. Guadalupe, la responsable, avait vu déjà mon film de fin d’études à la Poudrière, qui était un peu dans le même univers SF que notre projet, et elle a retrouvé ce qu’elle avait aimé dans celui-ci. Cette femme organise aussi un workshop à Valencia intitulé « Bridging the Gap – Animation Lab » et nous allons encore passer une semaine à travailler avec des producteur·rices.

Ce qui me semble important dans les dossiers de production, c’est de ne pas refaire à chaque fois la même chose. Souvent les dossiers sont des copiés-collés mais pour être sûr que le dossier fonctionne, il faut vraiment faire un dossier adapté à chaque demande. Bien sûr, nous n’avons pas tout réécrit à chaque fois mais par exemple, pour faire le dossier concernant le jeu vidéo, on ne s’est pas contentés de reprendre des extraits de la série et nous avons fait des images pour le jeu, qui en montrent la mécanique avec des schémas. Cette stratégie s’est révélée plutôt payante pour l’instant.

Nous restons pour l’instant sur un format de 13×13’ parce que c’est le format de la télévision en France, deux 13’ faisant un 26’ qui est le format international, mais nous pourrions le faire évoluer pour d’autres formats. Ce qui est assez compliqué, c’est qu’on fait peu de séries feuilletonnantes en animation adultes en France, mais France 4 vient d’en lancer une et on se dit que si France Télévision ouvre une case pour ce format, ils auront besoin de projets pour la remplir. France 3 a également coproduit une série d’animation qui s’appelle Les Grandes grandes vacances, portée par Delphine Maury et les Armateurs, qui raconte l’histoire de deux enfants pendant la seconde guerre mondiale. C’est une série également feuilletonnante, mais qui est destinée aux enfants. Notre idée est de nous engouffrer dans cette veine.

Si tout se passe bien et si nous avons une chaîne à la fin de l’été nous aimerions commencer le développement en septembre. Durant cette phase de développement, qui devrait durer une année, nous ferons un premier épisode en animatique, une sorte de démo jouable du jeu avec le graphisme et la mécanique de jeu qui permettrait de montrer que le jeu fonctionne, un peu comme un teaser. Pour la plateforme web, il y aura aussi une interface montrant l’interaction entre les différents supports avec encore une année de développement. Si nous avons réuni tous les financements, nous lancerons alors la production proprement dite, qui devrait prendre encore un an. L’ensemble devrait être prêt pour 2018.

(Témoignage publié dans le Guide des Aides 2015)