Cette formation a été conçue non seulement pour répondre aux transformations du secteur et aux nouveaux défis du numérique mais également pour permettre aux aspirants producteurs d’amorcer une réflexion sur les images, les médias et la création

Didier Zyserman, Responsable pédagogique du master « Production audiovisuelle » d’Ina SUP


Après avoir fait des études d’histoire et un master en audiovisuel à l’université Paris IV, j’ai travaillé au sein de différentes structures d’accompagnement dans le cinéma, l’audiovisuel et le multimédia. En 2012, j’ai intégré l’Institut national de l’audiovisuel en tant que responsable pédagogique, où l’on ma confié la coordination du master « Production audiovisuelle ».

Ce diplôme de grade master délivré par l’Ina a pour but de former en deux ans de jeunes producteurs capables d’initier et d’accompagner la création d’œuvres audiovisuelles pour tous les écrans et sur tous les formats : documentaire, fiction, animation, magazine, contenus pour les nouveaux médias. Dès l’origine, la formation a eu pour ambition d’aborder tous les aspects de la production audiovisuelle dans ses aspects créatifs, administratifs, organisationnels, financiers et juridiques.

L’Ina délivre deux diplômes spécifiques liés à ses cœurs de métier : la conservation des archives et la transmission des savoirs. L’école Ina SUP dispense également des formations qui vont du BTS « métiers de l’audiovisuel », accessible après le baccalauréat, jusqu’aux diplômes de deuxième cycle, dont le master (accessible après un bac+ 3).

Le master a pour ambition de répondre aux changements opérés ces dernières années dans les métiers de la production : le décloisonnement des filières et des technologies, la place centrale du producteur dans l'industrie audiovisuelle, le besoin de dialoguer avec les chaînes de télévision et les institutions, la diversification des financements et des débouchés pour les productions. Ana Vinuela, directrice des études, rappelle que « cette formation a été conçue non seulement pour répondre aux transformations du secteur et aux nouveaux défis du numérique mais également pour permettre aux aspirants producteurs d’amorcer une réflexion sur les images, les médias et la création ». Le projet pédagogique permet aux étudiants d’acquérir un bagage universitaire et professionnel, mais également de concevoir des projets personnels, d’expérimenter des idées nouvelles ou des concepts innovants lors d’ateliers pratiques réalisés en groupe.

Cet enseignement supérieur intégré au sein de l’Ina, confère à la formation certains atouts : accès aux archives audiovisuelles en ligne via inamediapro, accès aux moyens techniques dédiés (équipements et parc matériel professionnel, plateaux de tournage, studios de postproduction, cellules de montage, caméras, micros et enregistreurs son, équipement lumière).

Les étudiants bénéficient lors de leur recherche de stage de 2ème année, d’une durée de 3 à 6 mois, de l’image de marque et du réseau académique et professionnel de l’Ina. S’ils recherchent eux-mêmes la société d’accueil où ils vont entrer en stage, ils s’appuient néanmoins sur un réseau exceptionnel : aide et conseils de l’équipe pédagogique, rencontre avec les étudiants des promotions précédentes (association ADIS), intervenants professionnels de la formation, entreprises du secteur ayant déjà accueilli des stagiaires de l’école (production audiovisuelle, marketing et distribution, chaînes de télévision, etc.), entreprises qui sollicitent l’école régulièrement. Lors de la deuxième année, le choix d’un stage au sein d’une entreprise est un véritable sésame à l’entrée dans le secteur et bien souvent déterminant dans l’orientation et les choix professionnels des élèves.

Lorsque les étudiants intègrent l’école, ils découvrent également une entreprise publique de l’audiovisuel, identifiée à l’extérieur pour la collecte et la conservation des archives, son site de consultation « ina.fr », mais s’appuyant également sur les métiers de la production audiovisuelle et du numérique. Les étudiants côtoient ainsi durant toute leur scolarité la réalité professionnelle d’un établissement public à caractère industriel et commercial. Durant leur cursus, les étudiants font des découvertes, qui se révèleront déterminantes pour leur orientation : découverte de l’univers dans lequel ils vont travailler, développement d’un réseau et d’un tissu relationnel, construction d’une identité professionnelle, etc. Le passage de la vie de l’école à celle de l’entreprise est ainsi facilité et accompagné. Ils apprennent au quotidien un « savoir-faire » et un « savoir-être » très apprécié par l’industrie.

En 2013, le diplôme obtient du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche le grade de master (Bac+5). Cette reconnaissance académique s’ajoute à la reconnaissance du ministère de la Culture et de la Communication, qui a permis dès 2007 la création de ce diplôme. Désormais, les masters de l’Ina sont inscrits de droit au Répertoire national des certifications professionnelles.

Le concours d’admission permet de recruter chaque année 20 étudiants, âgés de moins de 28 ans, titulaires d’un bac+3, issus de différentes filières universitaires (sciences humaines et sociales, lettres, langues et arts, cinéma et audiovisuel, droit, etc.) ou diplômés de grandes écoles. Le recrutement des candidats s’effectue en trois étapes distinctes : dossier de candidature, épreuves écrites, entretien oral avec un jury composé de professionnels. Les étudiants viennent de toutes les régions de France, mais également de l’étranger (Russie, Chine, Amérique du Sud, Maghreb, pour les dernières promotions) ; l’anglais est exigé pour le concours et fait partie intégrante du cursus.

Le programme alterne des enseignements académiques et des enseignements spécifiques à la production audiovisuelle délivrés par des universitaires et des professionnels en exercice issus de l’industrie audiovisuelle et numérique : producteurs, directeurs de production, responsables de chaînes, distributeurs, conseillers et experts, etc. Outre l’analyse et le développement des contenus, de l’économie et du financement des projets, l’accent est mis sur la pratique : études de cas concrets par des professionnels, présentation de projets individuels ou collectifs. Chaque étudiant travaille sur le développement créatif et financier de plusieurs projets, avec présentation d’un devis détaillé, d’un plan de financement, d’une stratégie de développement.

L’étudiant devra également « pitcher » son projet face à un jury composé de professionnels. Le passage à l’oral devant un jury est souvent vécu comme un moment impressionnant pour l’élève, d’autant plus qu’il se fait le plus souvent en public, devant les autres élèves de la promotion. C’est pourtant un exercice imposé qu’il retrouvera fréquemment lors des marchés ou salons professionnels, où le pitch, la capacité de conviction d’un auditoire est une compétence attendue et appréciée de la part d’un producteur.

La formation est organisée sous forme d’unités d’enseignement, alternant des cours de socle commun avec le master « Gestion de patrimoines audiovisuels » (histoire culturelle, histoire audiovisuelle, anglais, droit, sociologie des médias, management des conflits) et des cours spécifiques propres au master : direction de production, financement du cinéma et de l’audiovisuel, politiques publiques de l’audiovisuel, ateliers (réalisation, production à base d’archives), marketing et distribution de programmes audiovisuels, gestion financière des entreprises, expertise scénaristique, analyse et développement d’un format (documentaire, fiction télévisuelle et cinématographique, animation, contenus pour le web et les portables, programmes de flux, etc.).

Outre les rendus de dossier et les évaluations régulières qui viennent rythmer la scolarité, les étudiants initient des projets personnels portant sur les différents formats abordés durant le cursus : réalisation d’un programme court audiovisuel de fiction, d’une bande démo à base d’archives, d’une grille de programme télévisée, d’un projet de série de fiction TV, de documentaire, blog participatif alimenté par les interviews de producteurs et réalisateurs rencontrés lors des festivals et manifestations où les étudiants sont présents (Fipa, Sunny Side, Clermont-Ferrand, etc.). De nombreuses conférences organisées à l’extérieur viennent compléter les enseignements, permettant aux étudiants d’aiguiser leur curiosité et de s’ouvrir aux productions en cours : rencontres avec des réalisateurs de documentaires lors des masters class organisées à la Scam (en 2013 étaient invités : Stan Neumann, Julie Bertucelli, Carmen Castillo, Patrizio Guzman, William Karel, Jean-Robert Viallet) ; organisation d’un séminaire international en partenariat avec l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (en 2014, les conférenciers étrangers invités venaient des Etats-Unis et du Danemark) ; rencontres avec les étudiants réalisateurs du programme Doc Nomads dans le cadre d’Erasmus Mundus.

Des ateliers spécifiques portant sur « la négociation et la résolution des conflits », « la recherche d’emploi », « la gestion financière et administrative d’une entreprise » donnent aux étudiants les outils et la méthodologie pour mener à bien leur projet au sein de l’industrie audiovisuelle. Le cursus volontairement global et polyvalent forme les étudiants à connaitre l’ensemble de la chaîne de production, son langage, ses méthodes et ses processus, les situations concrètes auxquelles ils auront à répondre durant leur vie professionnelle. Mais ils apprennent également à se faire confiance et à s’engager pleinement dans une industrie en pleine mutation.

(Témoignage publié dans le guide des formations 2014)


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