De la science politique à l’aide à la création cinématographique, mon parcours est atypique mais le milieu du cinéma est assez ouvert à ces trajets singuliers 

Michèle Soulignac, directrice de Périphérie


Je suis arrivée au cinéma par des voies indirectes. Après une maîtrise d’histoire sur la politique américaine pendant la dernière guerre et un DEA de Sciences politiques et relations internationales consacré aux politiques de Carter et Reagan en Amérique centrale, je suis devenue assistante parlementaire au Parlement européen.

En parallèle, j’écrivais pour la revue Les Fiches du Cinéma, qui édite L’Annuel du Cinéma, ce qui me permettait de voir beaucoup de films. J’ai ainsi couvert le festival de Cannes pendant deux ans en tant que journaliste. La convergence entre ces deux activités s’est opérée durant l’année européenne du cinéma et de la télévision. J’ai fait à cette occasion un stage à la Commission européenne, qui m’a permis de travailler avec les principales institutions du cinéma et de l’audiovisuel et de rencontrer beaucoup de gens. Avec Léon Schwartzenberg, membre de la Commission Santé et Culture, nous avons créé l’intergroupe cinéma du Parlement européen. C’était le début de la politique européenne en matière d’audiovisuel, politique qui a permis ensuite de mettre en place le Programme Media et les directives sur le droit d’auteur.

En 1994, je suis revenue à Paris où j’ai pris le poste de déléguée générale de la SRF (Société des Réalisateurs de Films). Je coordonnais les activités de l’association et mettais en place les actions décidées par les réalisateurs. Cette expérience a été très formatrice. Elle m’a permis de rencontrer des gens passionnants et de comprendre le système de soutien français au cinéma. Ce genre de poste mobilise des qualités d’écoute, de diplomatie, et un grand sens politique. Il faut s’informer en permanence pour pouvoir comprendre les pensées et les arrières pensées de tous. C’était une aventure excitante mais aussi épuisante, on parlait beaucoup de politique cinématographique et peu de l’aspect créatif des films eux-mêmes. Au bout de huit ans, mon rapport aux films s’était distendu et j’avais envie de passer à autre chose.

En 2004, Jean Patrick Lebel, fondateur et directeur de Périphérie, Centre régional de création cinématographique en Seine-Saint-Denis, m’a proposé de le remplacer. La structure, créée en 1983, était alors en plein repositionnement. Périphérie regroupait une société de production et un pôle d’éducation à l’image. La société a déposé le bilan et le dispositif Cinéastes en résidence a été mis en place, dans le but d’accompagner des documentaires de création dans les phases de montage images.

Nous choisissons les projets en fonction de leur intérêt et de leur qualité cinématographique et nous les soutenons en mettant à leur disposition du matériel et des salles de travail. Nous accompagnons artistiquement les films et offrons nos regards à diverses étapes de montage. Nous offrons à nos résidents du temps de montage, et une grande souplesse dans notre accueil. Il n’est pas rare que des résidents interrompent le montage pour diverses raisons (disponibilité des uns ou des autres, problèmes de financement…) et reviennent quelques semaines, voire quelques mois plus tard à Périphérie pour finir le film. C’est aussi un lieu de conseil, en particulier pour les premiers films. Il est en effet très difficile pour les jeunes cinéastes, surtout s’ils s’autoproduisent, de mener leur projet à terme sans regard extérieur. Nous parlons beaucoup avec eux, nous les mettons éventuellement en relation avec des producteurs et des monteurs, et nous suivons l’état d’avancement des projets.

Le mode d’accompagnement dépend beaucoup du film et de la personnalité du réalisateur, mais aussi de celle du monteur. Nous essayons de nous adapter, d’être à l’écoute. Les projets sélectionnés sont parrainés par un monteur ou un réalisateur confirmés. Lorsque les films sont terminés, nous contribuons à leur visibilité en organisant des avant premières et des rencontres, en partenariat avec différents réseaux de diffusion (salles, associations, bibliothèques, festivals). Nous travaillons également dans les collèges et les lycées de la région, en montant des ateliers et en éditant des DVD pédagogiques. Outre l’accompagnement des cinéastes et l’éducation à l’image, Périphérie mène également des missions de valorisation de patrimoine cinématographique du département (histoire du mouvement ouvrier, militantisme…).

Le parcours qui m’a conduit de la politique à Strasbourg à l’aide à la création cinématographique en Seine-Saint-Denis est sans doute atypique, mais le milieu du cinéma est assez ouvert à ces trajets singuliers. C’est un domaine où la curiosité, l’analyse et le désir de voir jouent un rôle essentiel pour s’ouvrir un chemin. C’est aussi un secteur qui fonctionne par réseau et il est important que les étudiants apprennent à frapper directement aux portes, en faisant des stages en particulier, même si ce n’est pas toujours facile.

(Témoignage publié dans le guide des formations 2010)


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